L. A. P. O. R. T. E.

L i c o r n e. e n. p o i n g. /// F o r m e s. b r è v e s

Tirez la porte en sortant
Ne la claquez pas s’il vous plait
fermée, elle ne pourrait plus s’ouvrir.
Quand vous êtes dehors,
la porte se ferme souvent
la porte, s’ouvre parfois,
simplement, que vous frappiez,
ou que vos attendiez devant
vous lui dites quelques mots
la porte se transforme en personne.
Une personne en chair en nerfs et en âme,
une personne que,
jamais vous n’aviez imaginé.e.
Une personne peut se prendre pour une porte
qui s’ouvre et intercéder en votre faveur
se refermer aussi sec en tournant
les écrous de l’empêchement.
La porte est un réseau de fils interconnectés.
Certaines sont gravées au laser sur des
plaques en laiton tels des trophées.
La porte pense à la sonnette qui retentit
lorsque vous la pressez…¶

L i c o r n e. e n. p o i n g. /// F o r m e s. b r è v e s

S O U V E N I R. D ‘ U N. C H A M P S. D E. B A T A I L L E

La forme, jadis rectangle fondue aux extrémités, dessine un creux en son centre. Absence. Présence. Latence du regard qui fouille les entrailles du téléphone carbonisé sous la pluie battante.

Elle sort du métro, ses pas mouillés affrontent les flaques de la nuit, une table d’écolier protège le plateau des souvenirs. Deux sacoches rigides de petites tailles s’y dissimulent. Quelques pas encore et elle pourra savoir ce qu’il y a dedans, comprendre cette scène. Un hangar éclairé par une lumière jaune a le toit ouvert. Il pleut partout : dedans, dehors, le rideau ne cesse d’étirer le champ visuel en contreplongée, la lumière l’éblouit, ses yeux accrochent la terre quand, ces objets intriguant semblent dessiner ce champ de bataille : Austerlitz. Elle est dessus, dessous. Elle porte un jeans, des bottines et un blouson de cuir, la pluie l’épargne peut-être. Elle se penche en avant, observe rapidement et constate qu’il s’agit d’effets importants ici abandonnés. Elle rembobine à 10 minutes :

Elle est descendue du métro ses pas déterminés sous la pluie la mènent au seuil d’un champ de bataille, elle voit deux sacoches sous la table d’une pluie battante, un hangar éclairé par une lumière blafarde a le toit ouvert. Quand elle ouvre la première : le velours rouge est trempé de noir, elle est presque rassurée que le vide ait pris place. Soudain, elle réalise qu’elle a perdu un jour le contenu de ce contenant. Elle refoule la projection de cette blanche absence-présence : IL ne devrait pas se trouver là. Elle pense alors à «l’instant décisif» et profile un oubli qui ouvre la parenthèse d’une sacoche volée sur la table du salon et qui porte son nom. Elle voit le monde en planches contacts et imagine un film de 46 pauses qui attend dans la chambre noire de l’appareil. Elle se demande si elle doit s’en saisir pour développer les souvenirs et se dit que ça n’est pas nécéssaire : la seconde est passée, l’objet a trouvé son histoire